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Iwazzine, la reine-lionne.
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Message Iwazzine, la reine-lionne. 

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Ben Keddou se plaisait à évoquer Iwazzine, la fierté des Ait Sokhman. A Elle seule, Iwazzine incarnait l'ensembles des valeurs pour lesquelles Abou-Ali et tous les résistants combattaient farouchement l'occupation, sans attendre de leurs sacrifice ni rétribution d'ici-bas, ni décoration, ni fanfare.
Iwezzine était une poétesse de renommée. Elle avait plus de valeur que bien des hommes riches et influents. Lorsque le courage manquait à beaucoup d’homme pour faire valoir leur force virile, Iwezzine, elle, alliait son courage et son intelligence à sa volonté de fer. Elle s’imposait au nez et à la barbe de la gent masculine.
Elle tenait bien son intérieur et vaquait aux multiples tâches exigées par sa condition de femme. Elle tissait tapis, jellabas, burnous et timizarine. Mais lorsqu’il fallait se battre, elle maniait les armes avec dextérité. Elle tenait un élevage prospère de beaux ovins et traitait les affaires au souk avec brio.
La jeune femme était d’une beauté rare. Son nom signifiait d’ailleurs « grande beauté », et elle le portait bien. Elle avait du caractère. Elle tenait la dragée bien haute aux plus futés des hommes.
Les Caïds et les personnes en vue appréciaient sa compagnie. Ils l’invitaient immanquablement pour rehausser une occasion publique, une réception privée ou une fête familiale. Elle se surpassait alors en prose et en poésie improvisées… Plutôt non, jamais improvisées car, tel un prodige, les mots et les rimes coulaient comme de l’eau de source, parfaits et limpides, de la double matrice de sa tête et de sa bouche. Ses compositions, formées avec aisance et précision, portaient le sens juste et profond qu’elle voulait leur donner. Elles obéissaient à sa pensée. Elles l’exprimaient sans faille. Son auditoire, à chaque fois, se mettait en extase.
En guise de verbe, elle avait la gâchette facile et le mot bien à-propos. Elle clouait au pilori quiconque se hasardait à la taquiner par un sous-entendu ou par un vers d’izlane (chants). Les chefs d’ahidouss (formation folklorique), avec leur tamesmount (chœur), venaient chercher l’inspiration auprès d’elle pour composer leurs mélopées à l’approche d’une fête où ils devaient se produire.
Elle aimait recevoir chez elle. Mais l’exclusivité de son hospitalité était réservée aux gens de son ighess (fraction de tribu), la veille et le jour du souk et aux grandes occasions.
Elle agrémentait les moments de loisirs des Caïds qui l’écoutaient et la regardaient avec délice, charmés par ses atours et ses nombreux dons, et ceux du bon peuple qui avait sur les lèvres ses belles tiyafrine (strophes). Les gens meublaient leur temps en racontant les exploits de la jeune femme.
Ainsi, Iwazzine avait ses entrées et sorties auprès des familles en vue et des hommes influents. Tous l’enviaient. Mais personne n’osait demander sa main. Ce serait une bonne raison pour éveiller des rivalités et déclencher une guerre interminable ! Iwazzine en était consciente et elle ne s’aventurait jamais à étaler au grand jour ses attirances.
Le petit peuple la redoutait et l’aimait en même temps. Elle jouait un rôle de premier plan sur les fronts de la résistance culturelle, à défaut de la résistance par les armes, qui s’amenuisait de plus en plus. Elle constituait à elle seule un solide rempart de protection à l’identité de sa tribu et des siens.
Iwazzine avait aussi la considération des autorités coloniales. Elles avaient de l’admiration pour cette femme d’un autre temps ! Elles l’honoraient à l’occasion et lui laissaient la liberté de s’exprimer, tant que ses dires ne dénigraient pas de façon flagrante l’occupation et son système.
Ainsi, la renommée de Iwazzine ne tarda pas à dépasser les limites de sa tribu : A l’occasion d’une visite de hautes autorités chez les Iziyane de Khénifra, des tribus reçurent l’ordre de se faire représenter à la fête.
Ce fut au début du printemps, un printemps qui, s’il s’était manifesté dans le dyr par une profusion de verdures et d’immenses tapis de moutarde et de coquelicot, n’avait pas été généreux de son renouveau en montagne.
La délégation d’Aït Sokhmane à la fête était à peine présentable. Elle n’avait pas de chevaux harnachés de neuf ni de Ghanssat. Les autres tribus présentes rivalisaient, quant à elle, d’apparat. Les broderies en fils d’or des harnais de leurs beaux destriers scintillaient au soleil. Leurs immenses turbans immaculés donnaient des complexes aux Aït Sokhman. On évitait leur délégation d’une manière qui frisait le mépris. Ils en étaient conscients. Ils étaient hors de chez eux.
Les apparences jouaient beaucoup en pareille occasion. Elles avaient plus de valeurs que les hommes et les femmes. Les mots n’avaient plus de place ni de poids. Les têtes qui portaient le turban le plus grand et le plus blanc pesaient plus lourd que toute la représentation d’Aghbala.
Cette méprise fut ressentie par Aït Sokhman comme le pire affront que leur tribu n’ait jamais essuyé. Ils eurent envie de se révolter, de se venger, ou tout simplement de quitter les lieux. Pour l’heure, Aït Sokhman ne pouvaient le moindre geste. Contre qui ? Toutes les tribus de deux régions entières étaient représentées. Et puis, les autorités d’occupation ne resteraient pas les mains liées. Alors Aït Sokhman gardèrent le silence, grognant leur haine et leur rancœur. Ils se regardaient et n’osaient pas proférer le moindre mot, rongés tous ensemble, femmes et hommes, par un immense sentiment de frustration !
Tout à coup, des hommes entrèrent sous la tente et demandèrent à voir le responsable de la délégation. On se leva pour laisser la place aux visiteurs.
- M’rahba ! (bienvenue) dit Haddou, le chef du groupe, l’air renfrogné, les yeux injectés de sang exprimant un trop-plein de colère mal contenue.
Les visiteurs s’assirent.
- Haddou, nous sommes Imahzan. Nous représentons tous les Ighesse de la tribu Iziyane. Khénifra veut recevoir dignement les français. C’est un petit moment à passer, et ensuite, nous irons chacun à ses occupations. Iwazzine est venue nous voir. Elle a donné une leçon inoubliable à nos hommes. Tous les Caïds sont venus l’écouter. Elle nous a expliqué.
- Quoi ? Iwazzine est … ?
- Nous sommes navrés, Haddou. Nous sommes venus, au nom de tous, vous présenter des excuses.
- Des excuses ? Iwazzine est… ?
- Oui ! Au nom de toutes les tribus. Iwazzine nous a convaincus. Les attributs ne font pas l’homme. Nous avons honte de ne pas vous avoir assez honorés. Nous …
- Nous avons été très honorés au contraire, lui coupa court Haddou !
Et de chanter :

Je ne laisserai pas le cheval
Me redonner à l’âne
Et moins encore l’âne
Me faire tomber à terre.
Je suis un Ou’Sokhman !
Qu’on se le fasse dire
Jusqu’au-delà des monts.
Qu’on le fasse au ciel écrire
Et que le sachent les démons !..


Pendant que Haddou, en une rafale de "tiyefrine", vidait sa hargne et sa colère longtemps retenues, l’émissaire d’Iziyane ne savait plus où se cacher. Il était seul à sentir le poids des mots et la morsure qu’ils eurent dans son tréfonds. Il se sentit tout petit sous son énorme turban. Il aurait donné cher pour avoir à ses côtés, en ce moment – même, d’autres dignitaires afin de partager la gifle cinglante de la réplique de Haddou. Il la sentirait sans doute ainsi moins cuisante.
Mais l’émissaire d’Iziyane était sage. Il encaissa stoïquement tout seul, sachant que si d’autres personnes avaient assisté à cette scène dramatique, la fierté de certains pourrait leur dicter de prendre une fâcheuse position au risque de provoquer les deux grandes tribus limitrophe. Leurs bons rapports maintenus à grands efforts, seraient compromis. Les autorités d’occupation s’en mêleraient à leur compte !
L'hôte de Haddou n'eut pas de peine à changer son expression défaitiste en un sourire qu'il sut rendre convivial, rassurant, et engageant. Il s'étala à son tour en une diatribe d'éloges pour les Aït Sokhman. Il alla au fond de sa mémoire et y puisa des mots justes, relatant des services rendus aux Iziyane lorsque leur tribut se trouvait en difficultés. Il évita le grand évènement tout réscent, lorsque la tribu de Haddou, braves combattant d'élite en premiers, vint à la rescousse de Mohand Ou Hammou, laissant dans la bataille de Lahri des dizaines de martyrs. Il évita d'en parler craignant que l'entretien entre les deux hommes parvienne aux oreilles des A.I. Evoquer la grande victoire du grand Caïd d'Iziyane sur l'armada des occupants lui couterait très cher, ainsi qu'aux autres notables, ses amis.
Iwazzine retourna à Aghbala, digne, cachant dans sa modestie sa grande fierté d'avoir su transformer en triomphe l'infortune des Aït Sokhman. Sa tribu peut continuer d'être respectée grâce à elle. ...

(Extrait du roman historique de M. AKOUJAN: Le Sang de l'Oeil)



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Message Iwazzine, la reine-lionne. 

Quelle belle histoire!

On reconnaît la fièrté et de la loyauté des berbères envers les leurs.

Merci Sayf_Sword pour ce magnifique partage!


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Message Iwazzine, la reine-lionne. 


AmazighGirl a écrit:
Quelle belle histoire!

On reconnaît la fièrté et de la loyauté des berbères envers les leurs.

Merci Sayf_Sword pour ce magnifique partage!


Merci AmazighGirl. Je suis honoré par ton passage. Ton commentaire est si aimable. L'attachement au terroire est un acte sacré qui repose sur des valeurs acquises qui nous habillent, nous donne la force, cache notre "nudité culturelle, révèlent nos racines qui se perdent dans la nuit des temps. La diversité intervient pour parfaire notre identité, nous enrichir et renforcer notre identité.
Quant à la femme, elle remporté la palme du bonheur en se distinguant ainsi parmi les peuples de le Terre. A elle de sauvegarder ses acquis dans la tempête des changements et la réduction de la planète tout entière aux dimensions d'un village...
Derrière chaque grand de ce monde, il y a toujours une femme.
وراء كل عظيم إمرأة
Merci ma soeur.



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