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le cahier rouge du Père Joseph - III
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Chapitre II - Mon ami Herr Kurt…
 

Aujourd'hui je me suis levé tôt, vers cinq heures du matin, car je dois aller au marché de la grande plage en poussant une charrette bruyante chargée de poisson.
J'emprunte la rue de l’Étoile pour déboucher enfin à la place du poète Nauro Machado... Le temps est beau... J'ai une vue magnifique sur la baie de San Marcos, les navires au loin, la rivière du Bacanga, et la mer bleue qui brille sous un vent froid. Les étoiles scintillent encore dans un ciel déjà clair sous un morceau de lune pâle.
Mon chien Faim se lève lui aussi, et vient se mettre entre mes jambes. L’hiver passé, le toit de derrière s’est écroulé, et il ne reste plus que ma chambre avec ses deux fenêtres qui donnent sur la rue... Pour tout mobilier j'ai une table en bois et une chaise en plastique, une vieille armoire sans portes, pleine de livres et de cahiers et sur l’une de ses étagères sont rangées les casseroles, les plats, et les cuillères ramassées dans les poubelles...

La cuisine se trouve dans la grande cour. J'ai nettoyé un coin, en écartant les décombres puis j’ai séparé les pierres du bois et j’ai façonné un escalier pour aller et venir. Le soir j’allume une chandelle et je m’attable pour fumer un joint, écrire mes souvenirs en contemplant les bateaux qui passent, et le mouvement des passants dans l’avenue mal éclairée.
Mon ami Faim est blotti dans un recoin sur un vieux tapis. Tout est silence, dans la rue peu de personnes et de voitures. Les lampadaires sont allumés. Je me lève et je vais au balcon allumer une cigarette puis je retourne à la table. Une gorgée de café. J'ouvre le cahier et je rembobine ma journée.
 

 

 

 

 

 
Ce matin, j'ai rencontré par hasard, mon vieil ami allemand, Herr* Kurt.
Je l’ai aperçu devant la porte cochère du marché de la grande avenue Magalhães d'Almeida.
Je me trouvais sur l’autre côté de l’avenue et je me suis mis à crier !

« Guten Morgen, Herr Kurt! »
Faim a aussitôt aboyé. Le mouvement des voitures était intense. Herr Kurt m'a regardé avec surprise et il m'a fait un sourire, il s’est arrêté devant la boucherie, en mettant ses mains dans les poches de son pantalon.
J'ai attendu que le mouvement des voitures diminue, puis j'ai profité d’une brèche et traversé la rue prudemment suivi de Faim.
Je me suis approché de Kurt, il était très content ; cela faisait un bon bout de temps que nous ne nous étions pas rencontrés. Nous nous sommes serré les mains et embrassés affectueusement là, au milieu du trottoir.

« Mein Freund, Vater Joseph! » me dit-il l’air très heureux, en posant sa main sur mon épaule .
« Cela fait combien de temps que nous ne nous sommes pas vus ??? Mein Freund ? Wie gehts?»
 
« Bonjour, monsieur Kurt ! lui dis-je tout content, il y a très longtemps il me semble, je suis heureux de vous revoir… »

« Mon vieil ami Joseph ! comment allez-vous ? Moi j'habite maintenant dans la ville D'Alcantara. Je suis en ménage avec une femme... »

Une femme ? Je m’étonnais ! Mon ami allemand était un célibataire endurci et vivait comme un mendiant, en dormant sur les trottoirs du marché central.

« Oui mon ami ! J'ai une femme, que j'ai rencontrée ici même dans le marché. »

Je l'écoutais sans y croire. Il était bien vêtu, la barbe faite, très diffèrent du vieil allemand, que je voyais dans la taverne du quartier du Portinho.

« Gehen wir trinken ein Wein? » Je l'invitais et il me regarda longuement. Il passa sa main dans ses cheveux blonds. Je crus qu'il allait refuser l'invitation. Il restait silencieux, comme s'il hésitait.
« D'accord, allons-y donc », dit-il après avoir un peu réfléchi.

Le chien Faim s'arrêta près de ses pieds bien chaussés dans une paire de chaussures neuves qui brillaient au soleil.
Faim le regardait et ses yeux tristes disaient « Il n'est pas mon ami, je ne le connais pas. »

Herr Kurt se baissa et le détailla, puis il lui caressa la tête et Faim remua la queue, l'air content. Maintenant il savait à qui était cette main et l’odeur qu’elle dégageait lui faisait comprendre qu'elle était amicale.

Nous avançons mon grand ami et moi. Il marche doucement. Faim va devant. Et comme au bon vieux temps, nous entrons de conserve par la porte du marché central.
Nous avons bu plus de trois litres de vin São Braz et moi j'ai encore avalé plusieurs verres d'eau-de-vie. J'étais saoul, et Herr Kurtz aussi, mais avant de nous séparer, nous bûmes encore dans le kiosque de monsieur Lelis.

Là il me raconta son histoire, comment il avait connu sa femme, qui se prénommait Maria, et comment elle était tombée amoureuse de lui et l'avait invité à demeurer avec elle dans la ville d'Alcantara.
Ses yeux brillaient de joie. J'étais très heureux pour lui, c’était une vraie bonne nouvelle, car la vie de mon ami allemand avait été très difficile. 
Un jour qu'il avait bu plus que de raison, il m'avait avoué qu'il avait été nazi et qu'il avait travaillé dans le camp de concentration d'Auschwitz avec le Dr. Mengele.
 Il avait fait beaucoup de cauchemars, en regardant les hommes nus et morts, et gardait d'eux une odeur de viande humaine avariée. Ces souvenirs le faisaient, pleurer, et il souffrait beaucoup.
 


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