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La cause des femmes...
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La cause des femmes et son instrumentalisation par les institutions du néolibéralisme mondial


Derrière les femmes, des bombes, sous les bombes, des femmes…

[1] Quelques semaines après, les télévisions ont montré quelques afghanes faisant leurs premiers pas dans l’espace public, voire même dans la politique. Mais personne ne sait combien d‘afghanes ont péri sous les bombes américaines, ont perdu leur maison, leur enfant, leur mari et personne ne cherche à évaluer, cinq ans après, le résultat de cette fracassante libération des femmes afghanes. Les caméras et les reporters sont partis ailleurs. Cet amalgame Islam/ oppression des femmes/ terrorisme, on nous l’a encore resservi lors de la 2ème guerre contre l’Irak. Là encore, les armées libératrices occidentales allaient faire d’une pierre deux coups : faire tomber le tyran et libérer les femmes. C’est pourtant le contraire qui s’est produit : alors que la société irakienne était l’une des plus avancées dans le monde arabe en ce qui concerne le statut des femmes et le fonctionnement laïque de la société, la 1ère puis la 2ème guerre d’Irak ont fait du quotidien des femmes un enfer où la violence est omniprésente, que ce soit dans la sphère publique ou privée et ont entraîné un retour en force du religieux dans le politique.

Ces derniers jours, une nouvelle pétition a commencé à circuler… un million de signatures pour libérer les femmes iraniennes. Je suis prête à signer car je conçois fort bien que l’on étouffe sous le tchador, mais, dans le contexte international actuel, ne s’agit-il pas encore d’une nouvelle opération d’intox visant à légitimer une nouvelle agression dont les femmes iraniennes ne manqueraient pas d’être les premières victimes ? Il est permis de se poser la question.

Malgré l’évidence de la mauvaise foi et les résultats catastrophiques de leur soi-disant défense de la cause des femmes - à des fins d’hégémonie sur les champs pétrolifères du monde arabe ; faut-il le rappeler ?-, les Etats-Unis et leurs acolytes du G8 persistent à se présenter, dans le cadre du projet Grand Moyen Orient, comme les champions de la cause des femmes arabes. Sous couvert d’un appui à la lutte pour l’égalité et l’accès au développement des femmes arabes, ce qui est proposé ce sont des voyages et programmes de formation des femmes chefs d’entreprise, journalistes, leaders politiques ou associatives qui sont invitées à se familiariser avec les méthodes de gestion et les conceptions américaines de la démocratie. Une vaste opération de séduction et de formatage saupoudrée de quelques programmes de lutte contre la pauvreté, lutte contre la violence, de soutien à la réforme des codes du statut personnel, à la scolarisation des petites filles.

Des financements sont même proposés pour appuyer des programmes visant à faire tomber les obstacles à la participation des femmes à la vie politique et économique dans 14 pays et les territoires palestiniens ». Comme si en Palestine, il y avait une réelle vie économique et politique dont seules les femmes seraient exclues!!

Une approche déconnectée des réalités

Cette façon, poussée jusqu’à la caricature dans le cas cité, de déconnecter la question des femmes du contexte global, du système qui génère les discriminations et la marginalisation qu’elles connaissent est largement répandue au sein des institutions internationales, financières,commerciales et onusiennes,et s’est répandue,par le biais des programmes de renforcement des capacités,de colloques et séminaires de formation,à travers les associations et les ONG.

Les campagnes actuelles de lutte contre la pauvreté, orchestrées par la Banque mondiale et appliquées à travers le monde en donnent un exemple particulièrement parlant.

D’un côté, on met en place des politiques (d’austérité budgétaire, de privatisations, de démantèlement des services publics, …) dont on sait pertinemment qu’elles entraîneront chômage,exclusion,exode rural pour bon nombre de travailleurs et travailleuses (par exemple,dans le domaine agricole, on sait pertinemment que l’introduction des lois de la libre concurrence des marchés entraînera inéluctablement l’abandon des terres et de la petite culture vivrière et le départ massif des paysans et paysannes vers les villes ou les routes piégées de l’émigration.).

La sonnette d’alarme a été tirée par de nombreux experts, puisque aussi bien l’avis des intéressés ne compte pour rien face à celui des latifundistes et des lobbies de l’agro-alimentaire. Mais rares sont les projets qui cherchent à moderniser les modes de production paysans et .à valoriser le produit du travail tout en insérant dans les critères de rentabilité d’autres paramètres que les seuls critères monétaires et financiers, les paramètres humains, sociaux; environnementaux par exemple.

Une fois les dégâts commis; les programmes de lutte contre la pauvreté viendront proposer quelques « filets sociaux »comme on dit dans le jargon des experts,pour atténuer les misères les plus grandes et éviter un exode rural trop massif et une pression migratoire trop forte.

Ce faisant, le grand capital fait d’une pierre une multitude de coups :

Il crée un volant de main d’œuvre disponible et corvéable à merci tant pour son agriculture de type industriel que pour son industrie et ses services, main d’œuvre fréquemment féminine que ce soit dans l’agriculture, l’industrie délocalisée, les call centers, etc.

Il crée dans les zones défavorisées un certain nombre d’infrastructures supposées aider à fixer les populations qui sont prises en charge non pas par l’Etat, qui perçoit pourtant l’impôt pour ce faire, mais par les associations, les travailleurs migrants (dernière trouvaille rebaptisée co-développement ) , ce qui est une façon de faire accepter le démantèlement des services publics et de transformer les habitants qui, de citoyens qui ont des droits, deviennent des bénéficiaires de programmes.

Ces programmes, microprojets d’associations ou ONG sont souvent éphémères et de faible ampleur : on va réaliser par exemple un programme de santé pour les femmes et parallèlement, on oubliera de se poser la question de l’accès pour tous aux soins et de créer un hôpital.

Et l’on crée « des activités génératrices d’emploi », formule pudique pour dire que c’est aux femmes elles-mêmes de se débrouiller pour trouver comment gagner leur pain, activités dans le secteur tertiaire le plus souvent, introduites de l’extérieur (le tourisme rural par exemple), qui ne peuvent que permettre aux laissés pour compte de maintenir la tête hors de l’eau et encore souvent à titre provisoire, puisqu’avec le système des micro crédits dont les « bénéficiaires » sont à près de 8O % des femmes, le financement de tous ces projets est non seulement à la charge des plus pauvres mais permet en plus au secteur bancaire, spécialisé dans ce domaine ou classique, de prélever au passage de juteux profits sur le dos des femmes qui « bénéficient », même si le terme n’est pas vraiment celui qui convient, de tels prêts.

Ce faisant, les tenants du libéralisme introduisent ainsi une approche totalement individuelle de la question du développement, liée aux capacités d’initiative de chaque citoyen, et pervertit totalement la notion de service public, au profit d’associations prestataires de services que l’Etat devrait en principe assumer (alphabétisation, scolarisation des petites filles, accès à l’eau potable et à l’électricité, couverture médicale, etc.), détournant ainsi une partie des fonds de l’aide publique au développement vers des initiatives de type privé.

La lutte contre la pauvreté n’est plus affaire de mobilisation de l’ensemble de la société, dans le cadre d’une politique économique et d’un plan de développement global, réfléchi, cohérent et démocratiquement adopté : c’est une affaire de juxtaposition d’initiatives individuelles plus ou moins coordonnées . Cela permet de faire l’économie de la critique de ce monde à deux vitesses instauré par le capitalisme néolibéral qui creuse l’écart entre nantis et exploités d’une part, et divise le monde entre le monde utile (celui qui est inséré dans les marchés mondiaux) et le monde des exclus, pour lesquels il est juste permis de survivre.

Loin de renforcer les solidarités, ce type de perspective dissocie l’émancipation politique, économique et sociale des femmes de l’émancipation des peuples et de leurs luttes pour l’exercice de leur souveraineté et la reconnaissance de l’ensemble de leurs droits. Elle fait l’économie d’une critique du système, patriarcal , capitaliste et impérialiste, qui maintient les femmes dans une double exploitation et réduit la question de l’égalité hommes-femmes à quelques mesures isolées contre les discriminations les plus criantes.

La notion de « bonne gouvernance » occulte en fait la mise à l’écart des rouages démocratiques au profit de systèmes de cooptation parmi les ONG et organisations non élues, ne devant de compte qu’à leurs bailleurs de fonds et dont la « professionnalisation » se fait en général au détriment de la militance et de leur force critique et de mobilisation. Elle opère ainsi une neutralisation des mouvements sociaux. En ce qui concerne le mouvement des femmes, le glissement vers la notion de « genre », porté par les institutions internationales, en lieu et place du mot « féminisme », est venue renforcer cette mise à l’index du mouvement féministe, sa dépolitisation, sa perte d’autonomie et de radicalité, comme le souligne si bien Denise Commane du CADTM[2].

Renouer avec l’autonomie du mouvement des femmes

C’est précisément l’apport de la Marche Mondiale des femmes d’avoir réintroduit la critique globale du capitalisme mondialisé dans le combat des femmes ; de montrer comment le combat pour l’égalité, la liberté, la justice et la paix ne peut être dissocié du combat contre l’impérialisme et contre un système économique dont le seul ressort est la recherche effrénée du profit.

Le mérité de la Marche Mondiale est aussi de mettre en pratique la revendication d’ autonomie du mouvement des femmes par rapport aux corps constitués que sont les organes de l’ONU et les antichambres de la Banque Mondiale en travaillant sur un programme, des rythmes, un agenda et des formes de mobilisation qui lui sont propre et en revitalisant la conscience féministe à l’échelle de la planète.

C’est la raison pour laquelle la Marche Mondiale des Femmes, de par sa Charte, ses objectifs, les liens de solidarité qu’elle permet entre femmes des différents continents, peut être l’un des leviers par lequel le mouvement des femmes au Maroc peut renouer avec une audace, une radicalité et des capacités de mobilisation naguère remarquables, mais que l’intervention des institutions internationales et de certains bailleurs de fonds sont en train d’émousser.

C’est en tous cas cette conviction qui explique ma présence aujourd’hui parmi vous, dans cette rencontre de femmes pour la redynamisation de la Marche mondiale des femmes au Maroc.



Lucile Daumas

Attac Maroc

Salé (Maroc), 9 septembre 2OO6

Rencontre des femmes pour la Marche mondiale des femmes au Maroc



[1] Lesquels musulmans, intégristes, terroristes, avaient auparavant été financés par ces mêmes Etats-Unis, alors en lutte contre cet autre axe du mal que représentait pour lui à l’époque l’Union Soviétique

[2] Denise Commane. Quelle vision du développement pour les féministes. Cadtm, 2OO5/. Consultable sur le site : www.cadtm.org



source : http://www.maroc.attac.org/pages/debat/femmes/La%20cause%20des%20femmes.html


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